dimanche 19 septembre 2010

Tous en grève le 23 septembre contre la réforme des retraites!













MANIFESTATION 14h30 Porte de Paris à LILLE

Après l’extraordinaire mobilisation interprofessionnelle du 7 septembre et 2,75 millions de manifestants dans toute la France, le gouvernement n’a fait que des modifications marginales de son texte et poursuit l’offensive contre l’ensemble des salariés. L’amplification de la mobilisation est plus que jamais nécessaire pour faire reculer une réforme aussi injuste et pour obtenir des mesures justes et efficaces afin d’assurer la pérennité du système de retraites par répartition et une retraite à 60 ans à taux plein!

lundi 13 septembre 2010

Une approche intéressante du nomadisme par Henriette Asséo


"Le nomadisme sans frontière est un mythe politique", selon l'historienne Henriette Asséo
LE MONDE - 04.09.10 | 16h57 •

Depuis la fin du Moyen Age, l'histoire des Tziganes se confond avec celle des nations européennes où ils vivent, explique l'historienne Henriette Asséo, professeure à l'Ecole des hautes études en sciences sociales.

Tziganes, Roms, Manouches, gens du voyage… On se perd dans les dénominations. Pourquoi cette diversité ?

Chaque Etat a incorporé à sa langue nationale une terminologie pour qualifier "ses" Tziganes. En France, depuis le XVIe siècle, avant que ne se généralise l'expression "gens du voyage", le terme habituel était "Bohémien" et le mot savant, forgé par les philologues du XIXe siècle, "Tzigane". Les Anglais parlent de Gypsies, les Espagnols de Gitanos, les Italiens de Zingari. Dans l'Empire des Habsbourg, le vocable allemand Zigeuner l'a emporté sur tous les autres.

Après 1860, les Etats d'Europe centrale et les Balkans ont, à leur tour, nationalisé leurs populations tziganes sous les termes tchèque de Cikan, hongrois de Cigany, etc. Dans les provinces historiques de Roumanie – la Moldavie et la Valachie –, gouvernées par des princes chrétiens sous domination ottomane, les Tziganes, esclaves jusqu'en 1857, étaient appelés Tsigani. A chaque terme employé correspond ainsi une réalité historique ancienne et diverse.

Pourquoi certaines dénominations ont-elles une connotation péjorative ?

En Europe, dans les années 1907-1910, des "politiques tziganes" répressives, adoptées quasi simultanément dans chaque pays, créent des statuts collectifs d'enregistrement. La terminologie devient dépréciative. A la diversité anthropologique antérieure succède une unification administrative des termes. En France, par la loi de 1912 – celle qui institue le carnet anthropométrique –, tous les Français enregistrés sous le "régime des nomades", qu'ils aient été ou non des Tziganes au sens culturel du terme, deviennent des Romanichels ou des "vagabonds ethniques". C'est à partir de 1969 que s'impose l'expression "gens du voyage", toujours en vigueur.

Le terme "Rom" semble l'emporter sur tous les autres. Pourquoi ?

Dans les années 1970, les intellectuels de l'Union romani, issus du bloc soviétique, ont créé un mouvement politique international. Ils ont choisi le terme générique "Rom" pour désigner toutes les communautés tziganes d'Europe. Après la chute du mur de Berlin en 1989, les institutions européennes ont forgé une sorte de novlangue autour des Roms. Combien de fois avons-nous pu lire que les dix millions de Roms actuels forment la plus importante "minorité transnationale" d'Europe ?

On voit comment l'instrumentalisation des termes forge un mythe politique : celui d'un nomadisme tzigane sans frontière. Cela contribue à la "déterritorialité" historique. Pourtant, 80 % des Tziganes n'ont jamais bougé depuis le XVIe siècle.

Si ce n'est pas le nomadisme, qu'est-ce qui fédère les différents groupes ?

On touche au paradoxe tzigane essentiel : comment une culture dotée d'une langue, de traditions familiales, d'une cosmogonie a-t-elle pu perdurer sans le support de traditions savantes ? La langue, le romani, est jusqu'à nos jours au cœur de la structuration anthropologique, même dans les familles où elle n'est plus d'usage vernaculaire. Un tchatcho rom (un "vrai Rom") parlera de son monde, de ses relations, en évoquant le cercle de mare roma (ses Roms) ; il parlera po romane (pour les siens), et pas po gadgikane (pour les gadjos, les non-Tziganes).

Et l'origine indienne remontant au Xe siècle, dont on parle habituellement ?

L'idée que les Tziganes sont issus d'une migration unique est en vogue. Mais outre qu'elle fait appel à un organicisme douteux, elle est absurde en termes de démographie historique. La langue romani atteste de l'enracinement des Tziganes en Europe à la fin du Moyen Age. Elle est, comme la majorité des langues de notre continent, indo-européenne. Mais ses caractéristiques les plus intéressantes sont la composante néo-persane, du IXe siècle, et l'importance du vocabulaire grec, qui prouve une longue présence dans l'Empire byzantin.

Pourquoi apparaissent-ils en Europe occidentale seulement au Moyen Age ?

Le Moyen Age est une période d'intense mobilité et d'accueil des étrangers – pour peu qu'ils soient chrétiens. Les ancêtres des Tziganes font partie des royaumes byzantins concurrents à partir de 1270 (la principauté de Morée, l'empire de Trébizonde, etc.), alliés les uns à Venise, les autres à l'empereur, d'autres encore à la monarchie espagnole. Les Tziganes, sous les noms d'Aegyptianos ou de gens cinganorum ("Egyptiens" et "Tziganes"), sont un élément des migrations balkaniques du Moyen Age vers les péninsules italienne et ibérique. Leurs chefs ont circulé dans toute la chrétienté avec des sauf-conduits ecclésiastiques ou impériaux, frappant l'imagination. Le Journal d'un bourgeois de Paris décrit l'arrivée, en 1427, de ces cavaliers "de terrible stature".

Pouvez-vous résumer la géographie de l'implantation ?

Entre le XVe siècle et le XVIIe siècle, l'implantation actuelle est acquise. Elle ne change plus, au moins jusqu'au début du XXe siècle. La première migration, celle des Gitanos d'Espagne et des Zingari de l'Italie du Sud, est massive, urbaine, sédentaire. En Italie, ils s'intègrent dans des corporations, notamment celle des métaux. Les Zingari ont été assimilés mais les Gitanos, eux, forment encore une des communautés tziganes les plus importantes.

Dans les territoires des Habsbourg, c'est une présence sédentaire mais rurale. Les Tziganes sont attachés aux domaines seigneuriaux. Leur statut est différent, supérieur à celui des paysans, et ils sont autorisés à prendre le nom de leur maître : Karoliy, Lakatos ou encore Szarközi.

L'âge d'or dans les Etats d'Europe, mythe ou réalité ?

C'est une tout autre histoire. Dans les Etats princiers comme la France, la Suède, la Prusse, l'Ecosse ou l'Angleterre, la Pologne ou le duché de Piémont, les Bohémiens forment des compagnies militaires, qui circulent au gré des lignes mouvantes de la guerre. Les hommes excellent dans l'art militaire, leurs femmes dans l'art divinatoire (le "mestier de Bohémienne"). Avec l'ambivalence des représentations : une intégration à la culture baroque et une méfiance ecclésiastique. On identifie la Zingara ou la Bohémienne par son code vestimentaire. Peinture, ballets de cour, opéras, elle devient un archétype de la culture occidentale, de Cervantès à nos jours.

Ont-ils toujours été persécutés ?

Oui et non. La fin du XVIIe siècle clôt un "certain âge d'or". Prenons quelques exemples. Une pluie d'édits détruit les compagnies bohémiennes. Louis XIV, en juillet 1682, pour réduire sa noblesse frondeuse, condamne les Bohémiens aux galères et interdit aux seigneurs de les accueillir. Le triptyque savant de l'époque – érudits, clercs et légistes – emboîte le pas et produit l'archétype du "Bohémien errant".

En Espagne, une rafle générale des Gitanos a lieu en 1749. La logique n'est pas la même : il s'agit de normaliser l'Hispanidad en interdisant une culture gitane prospère – les Flamencas.

Une partie des Tziganes parvient pourtant à stabiliser sa généalogie. Elle forme la souche des familles manouches ou sinti, demeurées itinérantes. Le philosophe Kant a ainsi utilisé les informations du Zigeuner Christoph Adam, qui se disait "Tzigane allemand", et qui n'était autre que l'un des ancêtres de Django Reinhardt.

Et au XXe siècle ? Que dire du carnet anthropométrique, créé en 1912 ?

La loi française de 1912 s'intègre dans la création d'une "politique tzigane" européenne. Entre 1910 et 1930, tous les Etats européens mettent en place un régime administratif d'exception fondé sur des fichiers anthropométriques, photographiques et généalogiques.
Le "régime des nomades" français s'applique aux familles entières, de façon transgénérationnelle. On naît et on meurt sous le regard de la gendarmerie, des préfectures, des brigades mobiles, enfermé dans un statut, quels que soient l'occupation, le mode de vie. Le carnet anthropométrique d'une simple ouvrière en vannerie compte 200 pages et 2 000 visas ! "Le curriculum vitae du nomade", peut-on lire dans le Journal de la gendarmerie en 1914.

Quel est le sort des Tziganes durant la seconde guerre mondiale ?

Cette question est au cœur de la nouvelle historiographie du génocide, car elle touche à la généalogie de l'obsession raciale des nazis. Dès 1933, toutes les grandes villes d'Allemagne ont ouvert des camps d'internement (Zigeunerlager) et à partir de 1936, Himmler radicalise la politique anti-Tziganes, dite Zigeunerpolitik. La "science raciale" impose des critères généalogiques plus sévères encore que pour les juifs: si un seul des grands-parents est repéré comme Zigeuner, l'ordre de détention "préventive" est donné.

Dans le Grand Reich, 90 % des familles sont exterminées. Le décret du 16 décembre 1942 ordonne leur transfert à Auschwitz-Birkenau, où est créé un "camp de familles". Mengele va y mener ses expériences médicales. Dans le reste de l'Europe occupée, les recensements des années 1930 ont facilité les rafles. Chaque Etat collaborateur ou satellite a persécuté ses Tziganes nationaux. Au total sont exterminées au moins 300 000 personnes sur 1 à 2 millions, entre 40 % et 90 % selon les régions.

La France occupée constitue-t-elle un cas particulier ?

Oui. Le 6 avril 1940, un mois avant l'invasion des troupes allemandes, les familles enregistrées dans le "régime des nomades" sont assignées à résidence. Elles sont les principales victimes de l'ordonnance allemande du 4 octobre 1940, qui demande aux autorités françaises d'arrêter les Tziganes en zone occupée. 6 500 personnes de nationalité française sont internées en famille dans trente "camps pour nomades", dont cinq situés en zone libre. Les plus importants sont ceux de Montreuil-Bellay, Jargeau et Poitiers ; les conditions y sont terribles car il y a une majorité d'enfants.

Y a-t-il eu une reconnaissance après la guerre ?

Les "nomades" sont les derniers internés administratifs à être libérés en 1946, pour aussitôt être réenregistrés dans le "régime des nomades". Longtemps après la guerre, les démarches administratives pour obtenir le statut d'interné politique n'ont été soutenues par aucune institution ; ils sont peu nombreux à l'avoir acquis. En 1969, le carnet anthropométrique a cédé la place au carnet de circulation, imposé à des Français désormais enregistrés comme "gens du voyage". On a créé de nouvelles formes de discrimination légale, dont l'absence de carte d'identité et des restrictions au droit de vote.

A l'Est, quelle est leur situation sous les régimes communistes ? Change-t-elle après la chute du Mur ?

L'héritage communiste est doublement dramatique. La première raison est sociale : on interdit aux Roms, à partir des lois de 1958, leur culture et leurs modes de vie. Ils deviennent des "citoyens d'origine tzigane", ouvriers dans les complexes industriels de type stalinien. Les Roms sont les laissés-pour-compte de la transition. Prolétarisation dans les ghettos, expropriation : ces conditions favorisent un mouvement migratoire.

La seconde raison est politique. Dans une démocratisation inégalitaire, où les nationalités sont manipulées comme en Yougoslavie, l'intelligentsia romani a de grandes difficultés à imposer sa participation à la vie politique. Les partis d'extrême droite, comme le parti Jobbik en Hongrie, appellent ouvertement à la "solution finale" de la question rom. Ces discours risquent de contaminer la vision occidentale.

Comment l'historienne que vous êtes analyse-t-elle la conjoncture actuelle ?

Comme au début du XXe siècle, on est en train, de manière concertée et sur un plan international, de transformer des groupes sociaux, diversement discriminés dans leur pays et n'ayant aucun lien entre eux, en une catégorie politique unique, ethniquement responsable de sa discrimination. On retrouve aujourd'hui les deux volets de la "politique tzigane" : la disqualification de nationaux, chez nous les "gens du voyage", et la création d'un ennemi commun, le "vagabond ethnique", une figure policière internationale récurrente, à la fois visible et insaisissable.

Chose étrange, cette offensive intervient au moment même où, en France, la politique dite de reconnaissance semble avancer : le matin du 18 juillet 2010, Hubert Falco, secrétaire d'Etat à la défense et aux anciens combattants, a rendu un hommage national aux internés tziganes de France lors de la commémoration de la rafle du Vél' d'Hiv. Et grâce à l'acharnement d'un instituteur, Jacques Sigot, les vestiges du camp de Montreuil-Bellay viennent tout juste d'être classés monument historique.

Propos recueillis par Mattea Battaglia

Pour en savoir plus :

- Les Tsiganes. Une destinée européenne, d'Henriette Asséo, " Découvertes ", Gallimard, rééd. 1994, 160 p., 14 €.

- Les Tsiganes en France, un sort à part, 1939-1946, d'Emmanuel Filhol et de Marie-Christine Hubert, Perrin, 2009, 398 p., 22 €.

- Ces barbelés que découvre l'histoire, Montreuil-Bellay, 1940-1946, de Jacques Sigot, " Cages ", Ed. Wallâda, 2010, 416 p., 30 €.

- Les Tsiganes ou le Destin sauvage des Roms de l'Est, suivi du Statut des Roms en Europe, de Claire Auzias, Marcel Courtiade, "Documents", Ed. Michalon, 2001, 130 p., 13,72 €.

- Tsiganes. Sur la route avec les Roms Lovara, de Jan Yoors, Phébus, 2004, 288 p., 8,90 €.

- Le Vent du destin. Manouches, Roms & Gitans, de Michèle Brabo, Seuil, 2005, 140 p., 30 €.
La revue Etudes tsiganes : www.etudes tsiganes.asso.fr

mercredi 8 septembre 2010


Pour le Front de Gauche, le progrès, c'est d'abord bâtir une société où chaque être humain peut vivre dignement. La production actuelle des richesses permettrait largement d'atteindre cet objectif si celles-ci n'étaient pas détournées par une minorité à son profit.

La situation d'extrême précarité et d'extrême pauvreté qui est aujourd'hui celle de l'immense majorité des Roms et des gens du voyage, mais aussi d'une fraction de plus en plus importante de citoyens sédentaires (chômeurs, travailleurs pauvres, personnes âgées ou jeunes sans ressources…) ne doit rien à la fatalité mais tout à un système économique d'exploitation qui sévit, tant dans les pays d'origine des populations immigrées que chez nous. Ainsi le département du Nord est en tête, à la fois de la précarité et de la pauvreté mais aussi des familles imposées sur la fortune...

C'est la même politique d'accumulation des richesses par une minorité, et donc, notamment, de cadeaux fiscaux aux riches, qui entraine des suppressions de postes massifs dans l'Education Nationale ou des reculs sociaux graves sur le pouvoir d'achat des travailleurs ou les retraites.

Contrairement à l'amalgame scandaleux fait par Nicolas Sarkozy et son gouvernement, la chasse aux Roms, qui connait dans notre ville une actualité, a donc peu de rapport avec les problèmes de sécurité publique. Elle en a, en revanche, avec de sordides manœuvres électoralistes. Elle relève surtout de la volonté de masquer l'extension de la misère et de trouver des boucs émissaires au mal vivre qui s'étend dans le pays. Cette démarche xénophobe est périodiquement utilisée à l'encontre de tous les immigrés.

Pour le Front de Gauche, au-delà de la nécessité éthique d'apporter son soutien à une population aujourd'hui stigmatisée, au-delà de la nécessité humanitaire de donner à ceux et celles qui se retrouvent dans le plus grand dénuement des conditions minimum de survie, la meilleure façon d'avancer vers des solutions justes, dans la solidarité français-immigrés, est de se dresser contre cette politique de marginalisation et de répression qui se marque aussi, entre autres, par une aggravation de la chasse aux sans-papiers, les menaces de déchéances de nationalité ou la "loi Besson".


Pour le Collectif

Marc Delgrange


lundi 6 septembre 2010

la politique du gouvernement français vis-à-vis des Roms vue par la presse espagnole

















Photo tirée du journal espagnol El País de ce lundi 06/o9/2010.Les empreintes symbolisent le fichage systématique des Roms repartant"volontairement"pour plus d'info, voir le site du GISTI.


Manifestación en Rumania contra las expulsiones de gitanos.
La protesta se desarrolla ante la Embajada francesa en Bucarest.Naiara Galarraga, que cubre el acto, explicaba en este reportaje el estigma que sufren los gitanos en su propio país:

Manifestation en Roumanie contre les expulsions de gitan-es. La « protesta » (manifestation )se passe devant l'ambassade française de Bucarest.Naiara Galarraga, qui couvre l'évènement, expliquait dans ce reportage la stigmatisation subie par les gitan-es dans leur propre pays. (Foto:Reuters)

samedi 21 août 2010

Roms : communiqués du PCF et du collectif Romeurope.


Les Roms sont des citoyens européens depuis 2007. Ils ont des droits que la France a l’obligation de respecter.

Les pathétiques gesticulations sécuritaires d’Hortefeux n’y changeront rien. Nous sommes face à un risque humanitaire majeur. Leur situation sanitaire et sociale ne peut se régler à coup d’expulsions spectaculaires, de démontage de campement pour les journaux télévisés du soir. Ces pratiques d’un autre âge doivent cesser. La situation des Roms est bien connue. Chassés de ville en ville, de pays en pays, ils sont fragilisés, précarisés et de ce fait les premières cibles de toutes les formes de trafic. Le degré de civilisation d’une société se mesure au sort qu’elle réserve à ses membres les plus fragiles. Au vu de la situation que subissent les Roms, ce n’est pas vraiment glorieux pour l’Union européenne. Au lieu de se repasser les populations comme une patate chaude, il est de première urgence que l’Europe et les États qui la compose décident enfin d’engager les moyens pour mettre fin à cette situation qui n’a que trop duré. Un plan de sédentarisation à l’échelle européenne des populations Roms doit être organisé au plus vite. Seul l’accès de la population Roms à l’autonomie, à l’éducation, aux services publics, au travail est capable de changer réellement la donne. Les collectivités territoriales ne peuvent seules affronter cette question qui est avant tout une compétence de l’État. Tout autre mesure, telle la stratégie du bouc émissaire que cultive notre gouvernement à satiété pour masquer ses échecs successifs, ne fait que mettre de l’huile sur le feu, à défaut de gagner du temps. Parti communiste français - Paris le 18 août 2010


COMMUNIQUE DE PRESSE DU COLLECTIF ROMEUROPE
DU 22 JUILLET 2010


Roms : N'inversons pas les responsabilités !


Le Collectif Romeurope exprime ses plus vives inquiétudes suite aux déclarations du Président de la République après les événements dramatiques intervenus à Saint Aignan (Loir-et-Cher) et dénonce l’amalgame fait entre les Gens du voyage et les Roms et la stigmatisation de ces deux populations.
Alors que le Gens du voyage sont des français qui ont la particularité de vivre en caravane et d'être itinérants toute ou partie de l’année, les quelques 15 000 Roms présents en France sont essentiellement venus de Roumanie et de Bulgarie, citoyens européens bénéficiant de la liberté de circulation en France.
Mais le Gouvernement français a imposé, au moment de l'entrée en 2007 de la Roumanie et de la Bulgarie au sein de l'Union européenne, des mesures transitoires qui excluent en pratique les ressortissants de ces deux pays du marché de l'emploi et des prestations sociales. Ne pouvant travailler légalement ni avoir des ressources régulières, ils sont contraints de vivre dans de véritables bidonvilles ou abris précaires.
Depuis le début de l'été, les expulsions de familles Roms de leurs lieux de vie se multiplient partout en France, dernièrement à Saint Denis ou encore à Dunkerque, avec pour seules alternatives une nouvelle errance ou une aide au retour au pays d'origine. Ces éloignements « volontaires » aident à gonfler les statistiques du Ministère de l'Immigration artificiellement car nombre de ces « expulsés » peuvent – fort heureusement- revenir en France dans les semaines qui suivent. Ces familles sont ainsi, en fait, seulement déplacées d'une commune à une autre, dans une précarité croissante.
Abroger ces mesures transitoires pour ces citoyens européens et leur permettre un libre accès à l'emploi, mobiliser les dispositifs existants de droit commun pour les accompagner dans leurs projets de vie, et mettre en oeuvre le droit à un habitat digne pour tous par la construction massive de logements accessibles pour répondre à la crise du logement, seraient une meilleure réponse que d'en faire les boucs émissaires d'une politique sécuritaire inefficace.
Qu’il s’agisse des Gens du voyage ou des Roms, il est urgent que le gouvernement cesse de confondre des situations et des actes avec les origines des personnes concernées.
CONTACTS : Malik SALEMKOUR, 06-07-12-64-37 Stéphane LEVEQUE, 01.40.35.00.04

vendredi 13 août 2010

Je rentre dans mon pays à cause du climat raciste en France.


Par SAE | ingénieur ( pris sur le site de RUE 89)

Depuis près d'un an (avec le lancement du débat sur l'identité nationale), plusieurs membres du gouvernement et de la majorité se sont succédés avec des amalgames, des propos racistes à peines voilés.

En tant qu'immigré marocain, je vis toutes ces déclarations et lois sécuritaires qui visent particulièrement la communauté musulmane (et depuis quelque temps les gens du voyage et les Roms) comme une profonde humiliation. Et c'est pour ça que je rentre chez moi… Et je ne suis pas le seul.

Je suis ingénieur, 25 ans, gagnant 2 700 euros net par mois, je n'ai jamais été arrêté ni même contrôlé de ma vie, je suis athée (agnostique pour être précis), j'adore le saucisson, la bonne bière, le rugby et passe mes étés à faire la tournée des festivals. Je ne fais donc pas partie de la catégorie de personnes visée par les attaques populistes de l'UMP.

Toutefois, deux phénomènes ont été, à mes yeux, clairement aggravés par ces propos décomplexés.

1. Le premier est que les gens (Français) ne comprennent pas pourquoi c'est blessant pour moi d'entendre des blagues racistes.

Evidemment, j'ai toujours eu droit aux blagues racistes depuis mon arrivée en France. J'en riais, mais je me suis cependant toujours gardé le droit de remettre les personnes à leur place quand leurs blagues sont blessantes et/ou pas drôles.

Depuis un an, je ne supporte plus les blagues racistes. Le fait qu'un ministre de l'Intérieur fasse une de ces blagues montre à quel point les clichés sont profondément implantés dans l'imaginaire français. Et le fait que l'on me rapporte à un cliché m'est devenu insupportable.
2. Le second point est le regard de « la petite vieille » dans la rue. Son regard est plus vif. Son sac est plus serré entre ses bras. Ses jambes bougent plus vite quand je passe trop près.

Et, personnellement, je comprends cette dame ou ce monsieur (parce qu'un homme peut très bien correspondre au concept de « la petite vieille ») qui, en ouvrant son journal ou en allumant sa télé, entend que la délinquance est liée à l'immigration, que le jeune musulman n'a pas de travail, que l'islam est incompatible avec les valeurs de la France… Moi-même j'ai peur d'y croire.

Resté en France après les études

Je fais partie de la communauté des étudiants étrangers restés en France pour travailler après la fin de leurs études. Cette communauté est loin d'être négligeable en écoles d'ingénieurs. Dans la mienne (une des grandes écoles françaises), la proportion d'étudiants marocains (qui n'ont pas la nationalité française) dépasse les 15%. Je retrouve une proportion de 10% dans le milieu du travail.

Mes connaissances rapportent des proportions équivalentes (entre 10% et 15%) parmi leurs collègues dans les domaines des télécoms, de l'informatique ou encore dans la finance. Le Maroc est ainsi un gros fournisseur d'ingénieurs à la France (je n'ai néanmoins pas connaissance de chiffres précis).

Cependant, de plus en plus de ces personnes repartent dans leur pays d'origine. En effet, le gouvernement marocain investit massivement dans des politiques encourageant le « nearshoring » [délocaliser à proximité, ndlr], notamment dans le domaine des nouvelles technologies.

Ces politiques impliquent un appel d'air pour les ingénieurs. Le marché du travail des ingénieurs est d'ailleurs très demandeur. Des anciens camarades d'école ont pu obtenir des salaires approchant les 20 000 dirhams net par mois (dix fois le Smic ! ) à la sortie de l'école d'ingénieurs.

La dynamique du pays (la situation est à étendre à d'autres pays) est telle que la croissance est de 5%. Ce chiffre est à comparer avec la situation économique actuelle.
Agnostique et mal à l'aise

Je suis parti du Maroc parce que la liberté de culte n'y est pas respectée… Mais elle ne l'est pas plus en France. J'ai quitté le Maroc pour plusieurs raisons. La première est qu'à mon adolescence, je me suis rendu compte que j'étais agnostique, ce qui est profondément incompatible avec la pratique de l'islam de ma famille et de la société marocaine dans son ensemble.

La deuxième est le vide culturel et artistique de la société marocaine. Je rêvais, en effet, de pouvoir jouer de la musique, assister à des concerts, aller au cinéma, assister à des expositions et visiter des musées.

Ma ville natale (Agadir) en manquait terriblement. Il n y avait qu'une salle de cinéma insalubre qui ne passe que des blockbusters âgés de quelques années. Il n y avait ni musée ni expositions. Et le seul style de musique est la musique populaire ou la musique électronique qui passe en boite (et je n'aime ni l'un ni l'autre des styles).

Là encore, les choses changent. La libéralisation des mœurs est en cours, les jupes raccourcissent, les bars sont bondés, les festivals se créent continuellement, et des groupes de rock, de rap ou de reggae gagnent en notoriété. On est évidemment loin de la richesse et de la diversité de la culture française mais la culture marocaine est en pleine évolution. Les Marocains sont de plus en plus ouvertement athées et le modèle familial leur donne plus d'indépendance.
« Ma tête et mon prénom feront toujours de moi un musulman »

D'un autre côté, en France, je suis considéré comme musulman. Mon entourage ne comprend pas que je puisse être agnostique avec mon prénom (Mohamed). On ne comprend pas pourquoi je ne fais pas le ramadan. En deux jours, j'ai dû entendre une dizaine de fois, sur le ton de la blague, que je « finirai en enfer ».

Ma (non) confession n'est pas acceptée, parce que mon origine marocaine, ma tête et mon prénom feront toujours de moi un musulman en France. C'est pour cela que je me sens visé par toutes les attaques directes ou indirectes contre l'islam en France.

Ma décision est prise. Je rentre définitivement au Maroc en 2011 puisque les raisons de mon départ du Maroc n'ont plus lieu d'être et les raisons de mon bien-être en France s'estompent.

De plus, je pense que je ne suis pas le seul à avoir pris cette décision. Mais cela reste à quantifier, parce qu'un arabe qui rentre chez lui, ça va, c'est quand il y en a beaucoup qui rentrent chez eux que ça ne va plus.

mardi 3 août 2010

BP, la marée noire, la démocratie bourgeoise et l'écologie politique - par Roland Fodé Diagne


L'explosion sur un forage pétrolier au large de la Louisiane, à l'origine d'une pollution sans précédent dans l'histoire (le pétrole jaillit avec la force et le débit d'une véritable volcan sous-marin, et continuera à jaillir pendant plusieurs années face à une technique encore impuissante) pousse Roland Diagne à tirer trois leçons sur le fonctionnement du capitalisme, qui « porte en son sein la destruction de l'environnement comme la nuée porte l'orage »...

Depuis le 20 avril dernier le pétrole se répand dans le golfe du Mexique. L’écosystème des marécages de Louisiane (sud), un lieu de reproduction pour les poissons, crabes et crevettes qui représentent 2,4 milliards de dollars par an pour l'industrie de la pêche et du tourisme, est bouleversé.
Du milieu des années 1990 au milieu des années 2000, BP s’est rebaptisée Beyond Petroleum (« Au-delà du pétrole »), après la fusion avec Amoco en 1998, en proclamant vouloir faire de l'exploitation des hydrocarbures une « industrie propre ». BP collabore ainsi avec la Banque mondiale, la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et des organisations non gouvernementales, comme Amnesty International, pour mettre en œuvre « l'oléoduc le plus vert possible ».
Puis, pour être plus « compétitif » que ses concurrents BP a réalisé le forage le plus profond de l'histoire pétrolière, à plus de 10 000 mètres de fonds et a fait pression sur ses salariés pour accélérer les travaux parce que chaque journée de retard dans l’exploitation lui coûtait un million de dollars (820.000 euros). Telles sont les circonstances qui ont précédé l'explosion qui a fait onze morts et provoqué ce que d’aucun appelle déjà la plus grande marée de l’histoire des Etats Unis.
Trois leçons sur le fonctionnement du capitalisme peuvent en être déduites :
1 – « La concurrence et la compétitivité » sont les moyens pour obtenir le maximum de profit, ce qui conduit inévitablement les monopoles capitalistes à la destruction de l’environnement, de l’écosystème. Le capitalisme porte en son sein la destruction de la nature comme la nuée porte l’orage.
2 - La filiale de BP Etats Unis est, comme toutes ses consœurs pétrolières, un lobbyiste actif qui achète le vote des élus Républicains et Démocrates. En 2009, elle a dépensé 16 millions de dollars en « arrosages » pour obtenir le droit de se lancer dans l’aventure sans garantie de sécurité de l’exploitation du pétrole à 10.000 mètres de profondeur sous marines. La démocratie bourgeoise, c’est la liberté de la toute puissance du pouvoir de l’argent.
3 – Les monopoles capitalistes soutiennent et financent les campagnes idéologiques des associations et organisations écologistes tendant à culpabiliser le citoyen consommateur ainsi rendu responsable de la pollution. L’objectif est d’éviter la prise de conscience que c’est la propriété privée des banques et des entreprises qui est la source véritable du profit à tout prix y compris au prix de la destruction de la force productive humaine (exploitation) et de la nature.

* Diagne Fodé Roland est membre du secrétariat politique de Ferñent / Mouvement des Travailleurs Panafricains – Sénégal. Il milite également en France au sein de la Coordination Communiste 59-62.

Brigade anti- vieux 2